Lettre Pastorale, 14 février 2017

Dans cette longue lettre, le Prélat de l'Opus Dei transmet les conclusions du dernier Congrès général, qui s'est tenu à Rome en janvier dernier.

Lettres pastorales
Opus Dei - Lettre Pastorale, 14 février 2017

Rome, 14 février 2017

Mgr Fernando Ocariz

Prélat de l’Opus Dei


Mes très chers enfants, que Jésus vous garde !

1- Je souhaitais vivement vous écrire de nouveau, mais plus longuement cette fois-ci, afin de vous faire part des conclusions du dernier Congrès général qui s’est tenu à Rome en janvier dernier. Je le fais, comme don Javier en janvier 2010, afin que tous vous ressentiez le poids de l'Œuvre, le poids des âmes, la responsabilité de faire aller de l’avant cette petite famille que nous formons. Avec toute l'Église, nous aspirons, selon l'expression de saint Paul, à réconcilier le monde avec Dieu (cf. 2 Cor 5,19), tâche immense que nous ne pourrions mener à bien sans l’aide de la grâce divine.

C’est à nous qu’il revient de racheter et sanctifier notre temps, de comprendre et de partager les angoisses de nos contemporains, comme je vous l’écrivais avec les mots de saint Josémaria dans ma première lettre en tant que Père de cette petite famille dans l'Église. Je reprends le fil de ses paroles : Il n'est pas vrai que toutes les personnes de notre époque, en général et en bloc, soient hermétiques ou demeurent indifférentes à ce que la foi chrétienne enseigne sur le destin et sur l'être de l'homme ; il n'est pas vrai que tous les hommes de ce temps s'occupent seulement des choses de la terre et se désintéressent du Ciel. Certes, les idéologies fermées ne manquent pas ; les personnes qui les soutiennent, non plus. Pourtant notre époque connaît de grands desseins et des attitudes mesquines, des actes héroïques et des lâchetés, des enthousiasmes et des découragements ; des gens qui rêvent d'un monde nouveau, plus juste et plus humain, et d'autres qui, peut-être déçus par l'échec de leurs premiers idéaux, se réfugient dans la quête égoïste de leur tranquillité personnelle ou demeurent plongés dans l'erreur.

C'est à tous ces hommes et à toutes ces femmes, où qu'ils se trouvent, en leurs moments d'exaltation ou en leurs crises et défaites, que nous devons faire parvenir le message solennel et net de saint Pierre pendant les jours qui suivirent la Pentecôte : Jésus est la pierre angulaire, le Rédempteur, le centre de notre vie, parce que hors de Lui il n'y a pas sous le ciel d'autre nom donné aux hommes, par lequel il nous faille être sauvé (Ac 4, 12)[1].

Tous avec Pierre vers Jésus par Marie

2. Pour l'Église, le Pape est Pierre qui annonce le Christ au monde en proclamant la joie de l'Évangile[2]. Le Congrès général a voulu réaffirmer en premier lieu notre union filiale au Souverain Pontife en faisant sienne une fois de plus la prière que saint Josémaria nous a apprise : Omnes cum Petro ad Jesum per Mariam[3].

Nous remercions le Pape François, entre autres choses, pour l'Année Jubilaire de la Miséricorde, pour son exemple de piété et d'austérité, pour l’élan apostolique qu'il transmet au monde entier, pour sa proximité avec les gens et en particulier avec les plus démunis. Nous le remercions également pour la décision prise dans le cadre de son ministère pétrinien de béatifier don Alvaro. Le Congrès a voulu aussi marquer sa reconnaissance au Pape pour m'avoir confirmé à la tête de l'Œuvre comme successeur de saint Josémaria, du bienheureux Alvaro et de don Javier, en me nommant le jour même de mon élection Prélat de l'Opus Dei. Je vous ai déjà dit que j’étais confus, mais en même temps plein de joie devant cette unité que l'Esprit Saint, Amour infini, nous accorde. Je ne veux désormais vivre que pour être un bon Père pour chacun de vous, pour participer, malgré mes limites, de la paternité aimante de Dieu. J’ai également été touché de la lettre que le Pape m’a écrite, le 1er février, pour m’encourager à me mettre sous la protection de la Vierge.

Édifier sur le roc

3. Comment répondre à tant de grâces, mes filles et mes fils ? Renouvelons notre désir d'incarner l'esprit de l'Opus Dei et de le communiquer fidèlement, tel que nous l'a transmis saint Josémaria, fortifiés par un profond sentiment de notre filiation divine dans le Christ et décidés à chercher Dieu dans le travail professionnel et dans les circonstances ordinaires de notre vie. C’est ainsi que nous serons sel et lumière pour le monde (cf. Mt 5, 13-14). La vocation chrétienne est admirable, qui nous conduit à une mystérieuse identification au Verbe incarné. Saint Jean-Paul II l’exprimait avec des paroles audacieuses, reprenant une expression du Concile Vatican II : « Par la grâce du baptême, l'homme participe de la naissance éternelle du Fils du Père puisque qu'il devient fils adoptif de Dieu : fils dans le Fils[4]. »

4. Don Javier a été un bon fils de Dieu, en étant un fils fidèle de saint Josémaria. Cette fidélité a été la raison d'être de sa vie. Le Congrès général rend grâces à Dieu pour la vie et les enseignements de celui qui a été notre Prélat de 1994 à 2016. Il répond également au désir de tous – fidèles de la Prélature, membres de la Société Sacerdotale de la Sainte Croix et Coopérateurs – de souligner l'amour de don Javier pour l'Église et pour cette portion du peuple de Dieu qu'est l'Opus Dei. Don Javier a laissé un exemple fécond de charité pastorale, manifestée dans son union au Saint-Père et à tous ses frères dans l’épiscopat, dans son zèle pour les âmes et sa sollicitude active pour les malades et les plus démunis. Je suis sûr que vous vous réjouirez d’apprendre que le Congrès, et bien d’autres personnes, ont exprimé le souhait de rassembler souvenirs et témoignages sur don Javier, sa vie et ses enseignements.

D'autre part le Congrès, constatant le bien que procurent les causes de béatification et de canonisation des fidèles de l'Œuvre, a rappelé combien il était important de répandre leur dévotion privée. Cela aidera de nombreuses âmes à découvrir l’amour divin et la joie de la vie chrétienne au milieu du monde, suivant l’exemple que donnèrent, entre autres, le vénérable Isidoro Zorzano et la vénérable Montserrat Grases. En couronnant les mérites des saints, le Seigneur couronne ses propres dons[5]. Par l'intercession des saints, nous honorons le Dieu trois fois Saint et renouvelons nos désirs de sainteté, d'amour de Dieu et des autres en Lui.

5. Les Administrations des centres de l'Opus Dei constituent l'apostolat des apostolats, elles sont comme leur « colonne vertébrale »[6]. Comme l’a souligné le Congrès, elles ont une part décisive dans cette chaleureuse ambiance de famille de l’Œuvre : c’est grâce à elles que les personnes qui fréquentent les centres peuvent toucher du doigt notre esprit de famille. Nous répondons à ce don en priant pour que le Seigneur bénisse ce travail par d'abondantes vocations, et pour qu’il soit un exemple lumineux de la valeur et de la dignité des tâches domestiques. Les femmes de la Prélature reverront, en fonction des circonstances et des besoins actuels, les services qu'offrent les Administrations ; on gardera ainsi l'ambiance de foyer, l’atmosphère familiale et chaleureuse qui fait que chaque centre est véritablement pour nous Béthanie.

6. En plus de manifester sa gratitude aux personnes qui ont été les Custodes de don Javier pour leur dévouement auprès de lui, le congrès a voulu rappeler l’aide inestimable qu’apportent les fidèles âgés et les malades de la Prélature, par l’offrande joyeuse et naturelle de leurs faiblesses et leurs limites ; ils participent de la sorte activement à la tâche d'évangélisation que l'Œuvre réalise dans le monde entier.

À cette collaboration silencieuse s’ajoute assurément l'attention délicate de ceux qui les soignent avec affection dans un généreux esprit de service, suivant en cela la tradition transmise par saint Josémaria, qui caractérise notre esprit de famille. Mes filles et mes fils, de grandes choses dépendent de la façon dont nous traitons les personnes âgées et les malades !

Le Congrès général a également exprimé sa reconnaissance envers vos frères et sœurs qui, au cours de ces dernières années, sont allés commencer les apostolats dans de nouveaux pays, quittant leur pays d'origine pour contribuer à faire l'Œuvre sous d'autres latitudes. Don Javier nous répétait souvent, vous vous en souvenez certainement, que partout dans le monde beaucoup de gens très bons nous attendent.

Les défis actuels dans l'aventure de la formation

7. Le dynamisme apostolique, fruit de l’Esprit Saint, est soutenu par la profonde formation que la Prélature offre à ses fidèles ; elle en constitue la mission spécifique : le monde entier est un lieu de catéchèse[7]. Le Congrès a voulu souligner certains aspects du contenu de cette formation dans les circonstances actuelles. Permettez-moi de les passer en revue, pour que dans chaque circonscription de la Prélature, dans chaque centre, dans chacune des familles de mes filles et de mes fils, dans chaque âme, la lumière et la force de la grâce nous fassent voir ce que nous pouvons faire de plus et surtout comment nous pouvons améliorer ce que nous faisons déjà.

8. En premier lieu, le congrès a considéré le caractère central de la Personne de Jésus-Christ, que nous désirons connaître, fréquenter et aimer. Mettre Jésus au centre de notre vie signifie s’engager davantage dans la prière contemplative au milieu du monde et aider les autres à emprunter des chemins de contemplation[8] ; redécouvrir avec de nouvelles lumières la valeur anthropologique et chrétienne des différents moyens ascétiques ; atteindre tous les aspects de la personne : intelligence, volonté, cœur, relation avec autrui ; stimuler la liberté intérieure, qui conduit à agir par amour ; aider chacun à réfléchir afin qu’il découvre ce que Dieu lui demande et assume ses décisions avec une pleine responsabilité personnelle ; fortifier la confiance dans la grâce de Dieu afin d’éviter tout volontarisme ou sentimentalisme ; exposer l’idéal de la vie chrétienne sans le confondre avec le perfectionnisme, et apprendre à vivre en acceptant ses faiblesses et celles d’autrui ; faire preuve chaque jour, avec toutes ses conséquences, d’une attitude d'abandon et d'espérance fondée sur la filiation divine.

C’est ainsi que se renforce le sens missionnaire de notre vocation, dans un don de soi entier et joyeux. Nous sommes appelés à contribuer, dans un esprit d’initiative et de spontanéité, à l’amélioration du monde et de la culture d’aujourd’hui, pour qu’ils s’ouvrent aux desseins de Dieu pour l’humanité : cogitationes cordis eius, les projets de son cœur, qui se transmettent de génération en génération (Ps 33(32)11).

Dans ce sens, il convient d’aider les gens à vouloir vivre le cœur plongé en Dieu et, par conséquent, détachés des choses matérielles. Libres pour aimer, tel est le sens de notre esprit de pauvreté, d'austérité et de détachement ; autant de valeurs évangéliques mises à l’honneur par le magistère du Pape François.

Par ailleurs, notre amour de l'Église nous poussera à rechercher des moyens pour développer l’apostolat, et susciter parmi nos proches la passion pour leur profession, aussi bien chez ceux qui sont encore étudiants, et qui doivent être habités par le désir de bâtir un monde meilleur, que chez ceux qui exercent déjà une profession ou un métier. Il convient que tous, mus par une intention droite, nourrissent la sainte ambition d’arriver loin et de laisser une trace. En même temps, je demande à tous les numéraires, hommes et femmes, une disponibilité active et généreuse pour se consacrer, lorsque cela est nécessaire, aux tâches de formation et de gouvernement, avec le même zèle professionnel.

9. Ce large panorama nous invite à renouveler notre désir de faire grandir les apostolats, comme aux premiers temps de l'Œuvre, afin d’apporter la joie de l'Évangile à de nombreuses âmes, et pour que beaucoup ressentent l’attrait de Jésus-Christ[9]. Notre fondateur nous disait : si nous voulons être plus nombreux, soyons meilleurs[10]. Je voudrais que cette considération nous aide à prendre conscience de l’urgence de la tâche qui nous attend : faire naître, avec la grâce de Dieu et la réponse libre et généreuse des personnes, beaucoup de vocations, celles que Dieu voudra, de numéraires, d’agrégés, de surnuméraires et de prêtres de la Société sacerdotale de la Sainte Croix.

Liberté et vocation : voilà deux dimensions essentielles de la vie humaine, qui s'appellent l'une l'autre. Nous avons été créés libres pour aimer un Dieu qui appelle, un Dieu qui est amour et qui met en nous l'amour capable de l'aimer et d'aimer les autres[11]. Cette charité nous donne une pleine conscience de notre mission, qui n'est pas un apostolat exercé de manière sporadique ou optionnelle, mais habituellement et par vocation ; c’est l'idéal de toute une vie[12]. Cet idéal de l'amour de Dieu et du prochain nous incite à nouer des liens d’amitié avec de nombreuses personnes : nous ne faisons pas de l'apostolat, nous sommes apôtres ! Il en est ainsi de cette « Église en chemin » dont parle fréquemment le Pape, qui nous rappelle l'importance de la tendresse, de la magnanimité, de la proximité avec les personnes.

Ce « dynamisme de la “sortie” que Dieu veut susciter chez les croyants »[13] n'est pas une stratégie mais la force même de l'Esprit Saint, Charité incréée. Chez un chrétien, chez un fils de Dieu, amitié et charité ne font qu’un : une lumière divine qui communique sa chaleur[14]. Les circonstances actuelles de l'évangélisation rendent encore plus évidente, si c’est possible, la priorité qu’il convient de donner aux relations de personne à personne. D’ailleurs, cette dimension relationnelle est au cœur de la manière de faire de l’apostolat que saint Josémaria avait découverte dans les récits évangéliques. On peut tout à fait dire, enfants de mon âme, que le fruit principal du travail de l'Opus Dei est celui qu’obtiennent personnellement ses membres, grâce à l'apostolat de l'exemple et d’une amitié loyale[15].

Donner et recevoir de la formation

10. Lorsque nous préparons et assurons une formation, nous nous réjouissons à la pensée de sa fécondité pour les âmes, sans oublier que c’est la grâce de Dieu qui donne la croissance (cf. 1 Cor 3, 6). Outre les moyens surnaturels que nous mettons en toute première place, il est bon d'apprendre à utiliser un langage compréhensible, de parler sur un ton positif et encourageant, et de porter sur notre monde, lieu de notre rencontre avec Dieu, un regard plein d’espérance. Il est également bon de faciliter la collaboration active des personnes présentes ; de montrer les applications concrètes de l'esprit de l'Opus Dei dans la vie familiale et sociale, de sorte que grandisse l'unité de vie, authentique cohérence chrétienne entre ce que l’on pense, ce que l’on prie et ce que l’on vit (cf. Jn 4, 24 ; Rm 12, 1 ; 2 Th 3, 6-15).

11. Dans la fraternité et l'apostolat d'amitié et de confidence, quelques vertus revêtent une importance notable : l'humilité, la joie et la générosité ; un intérêt sincère pour les autres, fait de compréhension, de respect et d'appréciation des différentes opinions. Un ton positif dans les conversations permet de mieux aborder les questions. En définitive, il s'agit d'être des semeurs de paix et de joie[16], comme nous l’a appris saint Josémaria, qui savent rectifier le tir avec un esprit sportif lorsqu'au lieu de la paix, nous avons plutôt semé de la discorde. Nos centres, les maisons des agrégés, des surnuméraires et des prêtres de la Société sacerdotale de la Sainte Croix, doivent rayonner la chaleur attirante d’un foyer (cf. Ps 133(132) 1 ; Jn 13, 34-35).

Je me souviens de la paix et la sérénité que transmettait la seule présence de don Alvaro. Il vivait ce qu'il nous enseignait : « L'esprit de famille est si essentiel pour nous que chacun de mes fils et de mes filles doit le porter toujours en lui ; il est si fort qu'il se manifeste immédiatement autour de nous, nous permettant de créer une ambiance de foyer familial partout où nous nous trouvons. C’est la raison pour laquelle notre manière d'être et de nous sentir en famille ne se fonde pas sur le fait de vivre sous un même toit, mais sur l'esprit de filiation et de fraternité, que le Seigneur a voulu dès le début pour son Œuvre"[17].

12. Je demande au Seigneur que l'on veille avec un effort particulier à la formation de ceux, prêtres ou laïcs, qui exercent une direction spirituelle personnelle : qu'ils sachent aider les autres avec dévouement et justesse. Avec la grâce de Dieu, ils doivent aider chacun à accueillir avec générosité les motions de l'Esprit Saint qui parle au fond de son cœur (cf. Mt 10, 20). Le bon exemple et l'accomplissement joyeux des obligations professionnelles, familiales et sociales sont indispensables pour que d’autres suivent le Seigneur. Saint Josémaria nous a appris que le prestige professionnel, considéré comme un authentique service, est un hameçon de pêcheur d'hommes[18] : la foi éclaire l'intelligence et donne un sens à la vie ; elle fait découvrir cette nouvelle dimension qui conduit à la Vie dans le Christ.

13. Il convient de promouvoir, par des actions spécifiques, la formation professionnelle permanente des personnes qui participent aux tâches de direction des activités apostoliques : qu’elles améliorent leur façon de gouverner, de diriger les personnes et les équipes. Elles ont la grande responsabilité de renforcer l'identité chrétienne des activités, la qualité de leur gestion et le service qu'elles offrent à la société. La collégialité est un art qui ne s'improvise pas : elle consiste à savoir écouter, changer d’avis, partager des opinions, compter sur ce que chacun peut apporter de mieux.

Dans l'Église

14. Pour que la nouvelle évangélisation donne du fruit, la communion entre les catholiques est fondamentale. Faire croître le respect mutuel entre les fidèles de l'Église et entre les sensibilités les plus différentes fait partie de notre mission dans la grande famille des enfants de Dieu : le principal apostolat que les chrétiens doivent réaliser dans le monde, le meilleur témoignage de foi, est de contribuer à ce que l’on respire dans l'Église un climat d'authentique charité[19]. Il est nécessaire, pour y parvenir, de renforcer de la manière la plus opportune le lien avec les membres d'autres institutions et réalités de l'Église ; de dépasser les possibles malentendus et de confier au Seigneur les initiatives promues par d'autres, dans un esprit d'humilité collective.

15. L'aide apportée aux prêtres et aux séminaristes est de grande importance pour le bien de l'Église et de la société. Les membres agrégés et surnuméraires de la Société sacerdotale de la Sainte Croix, du fait qu’ils participent pleinement à la vocation de l'Œuvre, sont en première ligne pour donner un dynamisme nouveau aux activités apos­toliques. Ce qu’ils feront en respectant l’obéissance due à leur évêque, dans le contexte du ministère pastoral qu'ils exercent habituellement, entièrement et directement au service du diocèse où ils sont incardinés et qu'ils doivent aimer toujours plus.

Là où ils habitent, les fidèles de l'Opus Dei sont appelés à prier et à traiter avec affection et vénération les évêques et prêtres et à coopérer avec eux dans le mesure de leurs possibilités, d'une manière toujours cohérente avec la sanctification de leur travail et de leurs devoirs familiaux.

Aux prêtres, je me limiterai à rappeler quelques paroles du Pape sur le ministère de la confession : nous devons être accueillants avec tous, témoins de la tendresse de Dieu, toujours prêts à aider à réfléchir, clairs, disponibles, prudents, généreux. Nous célébrerons, avec un cœur magnanime, le mystère de l'infinie miséricorde d'un Dieu qui pardonne[20].

Continuons de profiter de toute opportunité pour inviter des fidèles de la Prélature, des Coopérateurs et des jeunes, à collaborer, en toute liberté et responsabilité personnelles, aux catéchèses, aux sessions de préparation au mariage et aux activités sociales, dans les paroisses ou ailleurs. À la condition, bien sûr, que ces services correspondent à leur condition séculière et leur mentalité laïque ; ils ne dépendent en aucun cas de l'autorité de la Prélature. Je désire d’ailleurs mentionner tout particulièrement les religieuses et les religieux qui ont fait et continuent de faire tant de bien à l'Église et au monde. Celui qui n'aime ni ne vénère l'état religieux, n'est pas un bon enfant pour moi[21], nous enseignait saint Josémaria. Je me réjouis en pensant à tant de religieux, en plus des prêtres diocésains, qui ont vu leur vocation fleurir à la chaleur de l'Œuvre.

Afin de rendre un meilleur service de l'Église et d’accorder aux âmes un accompa­gnement de qualité, le Congrès général a demandé que l'on étudie, avec une imagination créative et avec souplesse, la meilleure manière de développer et de coordonner les activités apostoliques : par exemple, en réunissant dans certaines cas les membres de plusieurs centres de l'Opus Dei, pour économiser les énergies et faciliter une vie de famille pleine de joie et d'affection ; ou pour disposer de plus de points d'appui, des pied-à-terre convenablement installés et organisés avec souplesse pour que les moyens de formation soient proposés là où les gens se trouvent : par exemple dans les centres névralgiques des villes, dans les zones à forte densité de bureaux, dans les pôles de croissance urbaine, dans les campus universitaires.

Nouveaux défis apostoliques

16. Le Congrès général a souhaité reprendre une demande du Congrès de l'année 2002, que don Javier formulait ainsi : promouvoir « une nouvelle culture, une nouvelle législation, une nouvelle mode, cohérentes avec la dignité de la personne humaine et avec sa finalité, qui est la gloire des enfants de Dieu en Jésus-Christ »[22]. Tous les fidèles de la Prélature, les jeunes de saint Raphaël et les coopérateurs se considéreront comme des artisans de cette nouvelle culture appelée à dépasser la mentalité relativiste contemporaine. Cela suppose que chacun, selon ses possibilités, acquière une profonde formation humaine, professionnelle et doctrinale, pour être un acteur à la fois engagé et ouvert à la discussion partout où ce sera possible.

Il faut aussi un certain ascendant – on l’obtient si on prend les autres au sérieux –, ainsi qu’un don personnel de la parole, cultivé avec le désir de se renouveler sans cesse. C’est ainsi que peut se manifester l’empathie, cette faculté qui rend convaincante la vision chrétienne de la réalité car elle tient compte des inquiétudes du prochain, sans le régenter ni tomber dans le monologue. Le respect de la dignité de chaque personne – au delà de ses erreurs – et du bien commun de la société, le travail serein et responsable, en collaboration avec d'autres citoyens, mettent en évidence la beauté et l'attrait des valeurs chrétiennes dans les domaines les plus divers de la société.

17. Pour comprendre la complexité de certains secteurs de la vie sociale, il convient d’avoir recours à des experts. Cela vaut par exemple dans les domaines suivants : usage des technologies numériques de l'information et de la communication, suivi des initiatives scolaires, communication institutionnelle, gestion de projets universitaires, direction et gestion d'hôpitaux et de cliniques, projets de promotion sociale, création et maintien de fonds patrimoniaux. L'exigence professionnelle qui est requise fait partie de la mentalité laïque et se conjugue avec les désirs de l'âme sacerdotale : le perfection­nement de la création et la corédemption.

Pour promouvoir une culture nouvelle, il est nécessaire de former ces experts qui, avec sagesse, permettront d’aborder, sur la base d'une anthropologie chrétienne, des questions particulièrement complexes : genre, égalité, objection de conscience, liberté religieuse, liberté d'expression, bioéthique, modes de communication, entre autres sujets qui sont normalement étudiés dans les universités et les centres de recherche.

Il convient également d'élaborer, avec prudence et audace, un plan de formation adéquat adapté à chaque personne, en commençant par les plus jeunes, pour leur donner des bases solides de réflexion. Sans s’enfermer dans une attitude purement défensive, il est bon de retenir tout ce qu’il y a de vrai dans les différentes opinions et de dialoguer avec les autres, prêts à apprendre de tous et en respectant soigneusement la liberté de chacun, à plus forte raison dans des domaines où toutes les opinions ont droit de cité.

18. Dans une phrase devenue célèbre, le bienheureux Paul VI a affirmé que « l'homme contemporain écoute avec plus de plaisir ceux qui montrent l'exemple que ceux qui enseignent ». Et il ajoutait : « S'ils écoutent ceux qui enseignent, c'est parce qu'ils donnent un témoignage »[23]. La culture contemporaine a besoin de visages qui rendent crédible le message que l’on veut transmettre. Il convient donc de présenter des témoignages attrayants d’une vie chrétienne mise au service des autres. On formera les leaders d'opinion, mais on favorisera aussi des initiatives pour mieux informer sur l'Église, et en son sein, sur la Prélature de l'Opus Dei ; les réseaux sociaux sont particulièrement efficaces pour toucher immédiatement des milliers de personnes. Le développement de ces initiatives tient à la générosité et à la créativité de ceux qui les animent.

19. Le Congrès a voulu manifester son soutien complet à l'apostolat personnel d'amitié et de confidence ainsi qu’aux activités apostoliques collectives et personnelles. Ces dernières ont une fécondité apostolique attestée par la formation intégrale qu'elles dispensent : elles enseignent, éduquent, ouvrent l’individu au service des autres. Il est souhaitable qu’elles permettent de fréquenter beaucoup plus de gens, pour les rapprocher progressivement des richesses de la foi chrétienne qui libère de la peur et de la tristesse. Pour que cette foi puisse s’incarner dans le quotidien, il faut que la formation soit adaptée aux familles, aux lycéens, aux étudiants, etc. mais aussi que les assistants soient motivés et bien préparés à la recevoir.

20. L'évangélisation de la société et le développement durable de l’apostolat rendent nécessaire la création de nouveaux centres éducatifs qui dispenseront une formation humaine et chrétienne aux parents et à leurs enfants, dès leur plus tendre enfance. Lorsque la législation empêche ou rend difficile qu’un de ces centres ait le statut d’œuvre collective ou personnelle, on peut trouver des solutions pour que l’accompagnement spirituel soit malgré tout assuré par des prêtres de la Prélature.

L’importance de la famille

21. Le Pape écrit dans sa seconde encyclique : « Dans la famille, on cultive les premiers réflexes d’amour et de préservation de la vie, comme par exemple l’utilisation correcte des choses, l’ordre et la propreté, le respect pour l’écosystème local et la protection de tous les êtres créés. La famille est le lieu de la formation intégrale, où se déroulent les différents aspects, intimement reliés entre eux, de la maturation personnelle »[24]. On mûrit avec le temps, le regard tourné vers l’avenir avec confiance : il faut aider les familles à découvrir le sens profond de la vertu d'espérance.

Il conviendra d'étudier les modalités pratiques visant à renforcer la préparation au mariage, à soutenir à la fois l'amour mutuel entre les époux et la vie chrétienne dans les familles, à stimuler la vie sacramentelle des grands-parents, parents et enfants, particulièrement la confession fréquente. Le Christ embrasse tous les âges de l'homme ; personne n'est inutile ni superflu.

Le Congrès apprécie le travail de groupes d'études sur le rôle éducatif, social et économique de la famille, en vue de créer dans l'opinion publique un climat favorable aux familles nombreuses. Il sera opportun de suivre particulièrement les familles qui sont en relation avec les différents instruments apostoliques (jardins d'enfants, établissements d’enseignement secondaire, clubs, universités, résidences).

L'Orientation familiale, tellement encouragée par don Javier, reste une priorité, car elle contribue efficacement à consolider l'amour mutuel des époux et leur ouverture à la vie. Elle permet de découvrir, derrière les réalités de la famille naturelle, la joie que procurent les valeurs spirituelles. Par de nombreuses initiatives, on touche toujours plus de familles jeunes et on réalise un vaste travail de formation. On fait ainsi découvrir à beaucoup de personnes la beauté du mariage sacramentel, image de l'union entre du Christ et de son Église (cf. Eph 5, 32) : avec le sacrement, ce sont la paix et la joie de l'Esprit Saint qui pénètrent dans les foyers. Dans l'amour mutuel des parents, comme dans la liturgie et dans la communion de l'Église, Dieu « nous aime ; il nous fait voir son amour et nous pouvons l’éprouver, et à partir de cet “amour premier de Dieu”, en réponse, l’amour peut aussi jaillir en nous »[25].

22. Le Congrès a voulu indiquer un domaine apostolique de grande importance ces dernières années : la manière de faire croître la foi et la formation chrétienne de tant de migrants qui proviennent de pays de tradition catholique (Philippins, Latino-Américains, Polonais, etc.) et de les former sur le plan humain. En plus de les aider à développer leur propre identité, cette formation fait d'eux, dans le pays qui les accueille, un authentique levain pour l'évangélisation (cf. Lc 13, 20). Dans le monde entier, plusieurs dizaines d’églises confiées par les évêques aux prêtres incardinés dans la Prélature peuvent soutenir efficacement ce travail, en suivant les plans pastoraux des Ordinaires diocé­sains dont elles dépendent.

L'Œuvre est entre nos mains

23. Pour donner un élan aux activités, il n’y a pas que les numéraires et les agrégés : il convient de donner des responsabilités réelles aux surnuméraires et de les aider à voir que, pour eux, l’Œuvre est comme un enfant de plus. Ainsi, disait un jour notre fondateur, à nous tous, nous essuierons beaucoup de larmes, nous répandrons largement la culture, nous répandrons largement la paix, nous éviterons bien des conflits et des luttes ; et nous agirons de telle manière que les gens puissent se regarder dans les yeux avec la magnanimité d’un chrétien, sans haine[26]. Il est bon que mes enfants surnuméraires collaborent sans réserve à l’apostolat de saint Raphaël, dont la finalité immédiate est de donner une formation intégrale[27]. Il est normal et même habituel en certains lieux que les surnuméraires mettent en route et dirigent des clubs de jeunes et d'autres initiatives dans le domaine de l’éducation.

Une formation bien assimilée, sans rigidité ni oppression, conduit les surnuméraires à collaborer avec Dieu, quand cela semble prudent et adéquat, dans la tâche de faire surgir des vocations de numéraires et d’agrégés. Ils prient en particulier pour la possible vocation de leurs enfants, dans le plus grand respect de leur liberté personnelle et en remettant tout, avec confiance, dans les mains de Dieu.

Dans l’apostolat de saint Gabriel, il convient d'augmenter le nombre de surnuméraires chargés de groupe, de zélateurs, et de ceux qui exercent une direction spirituelle personnelle régulière ; de s'appuyer plus sur eux pour s’occuper d’une retraite ; de les encourager à promouvoir l'apostolat là où il n'y a pas encore de centres ; de rendre plus active la présence d’agrégés et de surnuméraires dans les groupes de travail et les équipes en rapport avec certaines activités apostoliques. Des documents disponibles en diverses pourront faciliter leur formation.

Apostolat avec les jeunes

24. Le Congrès général a rappelé l'importance de l’apostolat de saint Raphaël, la prunelle de nos yeux[28]. Il suggère de donner la priorité à des mesures générales et particulières favorisant l’apostolat avec les jeunes de tous types afin de préparer, avec la grâce de Dieu, de nombreuses vocations de jeunes numéraires et agrégés. Tous les fidèles de la Prélature et les membres de la Société sacerdotale de la Sainte Croix chercheront à contribuer, par la prière, la mortification et l'action, à ce que l’on fréquente beaucoup plus de jeunes.

La formation donnée aux jeunes de saint Raphaël doit prioritairement les aider à être des âmes de prière[29], leur apprenant de façon pratique comment parler avec Dieu et comment l'écouter. Il est bon également qu'ils découvrent la valeur humaine et surnaturelle de la véritable amitié, ainsi que l'importance de l'étude, de la lecture et de l'excellence professionnelle pour servir l'Église et la société. Parmi les vertus que l'on doit favoriser chez les jeunes, le Congrès a voulu mentionner la force d’âme et la persé­vérance, la tempérance (par exemple, dans l'usage intelligent et sobre des nouvelles technologies), et tout ce qui développe l'esprit de service. Il importe d'aider les jeunes à rendre raison de leur foi et à tirer les conséquences pratiques qu’implique le fait de suivre le Seigneur, tant dans leurs familles qu’avec leurs amis ou sur les réseaux sociaux.

25. Il est bon d'aider les jeunes et leurs parents à apprécier et à découvrir la beauté du don total au Seigneur, avec un cœur sans partage, en même temps qu’on leur fait voir la beauté de la vocation à fonder une famille chrétienne. Dans les centres de saint Raphaël, dont les activités apostoliques s’adressent à des étudiants, il convient d'aborder les fiançailles et le mariage de différentes manières : témoignages de surnuméraires, cours d'Orientation familiale pour célibataires, conférences et projections, livres qui ont fait leurs preuves. La société a un besoin urgent du témoignage d'un grand nombre de familles chrétiennes. Cette considération nous invite à envisager ce chemin vocationnel bien avant les fiançailles, animés par un esprit d’authentique respect et une foi profonde dans la mission évangélisatrice de la famille chrétienne, « communauté de foi, d'espérance et de charité »[30].

26. Poursuivons avec enthousiasme l’apostolat auprès des étudiants et des jeunes professionnels, célibataires ou jeunes mariés, en tirant parti de la formation que des milliers d'entre eux ont reçue, notamment dans les collèges ou lycées, les clubs et les centres de saint Raphaël. En ce sens, il convient que les associations d'anciens élèves soient plus professionnelles : travailler avec initiative et créativité, développer des formules attractives qui permettent aux anciens de se former dans l’œuvre de saint Gabriel. La collaboration d’un grand nombre de personnes, à commencer par les coopérateurs, est à encourager.

27. Dans les moyens de formation de saint Raphaël et de saint Gabriel, il est bon de favoriser la pratique des œuvres de miséricorde spirituelles et matérielles, confor­mément à l'enseignement constant de l'Église, à l'expérience de saint Josémaria et aux paroles et à l’exemple du pape François. Les activités et les initiatives personnelles de solidarité, le service des personnes dans le besoin et la responsabilité sociale n’ont rien de conjoncturel ni de marginal : ils se trouvent au contraire au cœur de l'Évangile. Approfondir la doctrine sociale de l'Église, par exemple au moyen de cours et de conférences, sera d’une aide particulière dans des contextes de grande inégalité sociale.

28. Les universités qui sont des œuvres apostoliques de l’Opus Dei continueront de veiller au rayonnement international de leurs recherches et créeront des espaces de collaboration avec des intellectuels de prestige mondial. Ce travail aidera à développer des paradigmes scientifiques et des modèles conceptuels cohérents avec une vision chrétienne de la personne, avec la conviction que les sociétés ont besoin de ces perspectives pour favoriser la paix et la justice sociale. Cette attitude de service à l’égard de tous s'exprime aussi, bien entendu, dans les rapports d’amitié avec les collègues d'autres universités.

Quelques priorités

29. Outre le début imminent de l'apostolat stable de la Prélature dans de nouveaux pays, le Congrès suggère de concentrer nos efforts dans certains endroits où nous sommes déjà présents et où se trouvent des organismes internationaux ou des centres de rayonnement intellectuel appelés à jouer un grand rôle dans la société de demain.

Il invite à poursuivre, pour le bien de l'Église et des âmes, la publication et la diffusion des œuvres complètes de saint Josémaria ainsi que les travaux de recherche historique qui s’y rattachent. Concrètement, il suggère de développer davantage cet aspect central du message de saint Josémaria qu’est le travail en tant que support de la sainteté et le champ naturel de l'apostolat. Cette réalité, qui comporte d’innombrables conséquences pour l'Église et la société, sera étudiée sous diverses perspectives : universitaire, théologique, sociologique, spirituelle…

30. Je suis sur le point de terminer. Après avoir lu les pages précédentes, vous pourriez vous demander : parmi toutes ces conclusions auxquelles le Congrès est arrivé, quelles sont les priorités que le Seigneur nous propose en ce moment historique du monde, de l'Église et de l'Œuvre ? La réponse est claire : en premier lieu, veiller, avec une délicatesse d'amoureux, à notre union à Dieu. Elle s’appuie sur la contemplation de Jésus Christ, visage de la Miséricorde du Père. Le programme de saint Josémaria sera toujours valable : Cherche le Christ, trouve le Christ, aime le Christ[31]. L’apostolat de l'Œuvre est et doit toujours être une surabondance de notre vie intérieure. Le moment est venu, mes enfants, de nous engager toujours plus sur des chemins de contemplation au milieu du monde.

31. Depuis des dizaines d'années, l'Église a fixé son attention maternelle sur deux priorités : la famille et les jeunes. Nous aussi, qui sommes une petite partie de l'Église, nous voulons partager les soucis des derniers papes pour que la famille réponde chaque jour, avec une plus grande fidélité, aux plans amoureux que Dieu a tracés pour elle. Nous devons, parallèlement, aider les jeunes pour que leurs rêves d'amour et de service deviennent une joyeuse réalité. Les conclusions du Congrès trouvent dans l'accompa­gnement de la famille et des jeunes une ligne de force, de laquelle pourront jaillir de nombreuses conséquences pratiques dans notre apostolat quotidien.

Ces priorités étant énoncées, je voudrais insister sur le besoin urgent que nous avons tous d’élargir notre cœur – demandons au Seigneur de nous donner un cœur à la mesure du sien – pour que tous les besoins, toutes les douleurs et les souffrances des hommes et des femmes de notre temps, particulièrement celles des plus faibles, y trouvent une place. Dans le monde actuel, la pauvreté présente de nombreux visages : malades et personnes âgées traités avec indifférence ; solitude de nombreux laissés-pour-compte ; drame des réfugiés ; une misère dans laquelle vit une grande partie de l'humanité... La pauvreté est souvent la conséquence d'injustices qui crient vers le Ciel. Rien de tout cela ne peut nous laisser indifférents. Je sais que toutes mes filles et tous mes fils feront fonctionner « l'imagination de la charité »[32], pour apporter le baume de la tendresse de Dieu à tous nos frères dans le besoin : Les pauvres, disait cet ami, sont mon meilleur livre de spiritualité et le l’objet principal de mes prières. J' « ai mal aux pauvres » et j' « ai mal au Christ » avec eux. Et à cause de ce mal, je comprends que je L'aime et que je les aime[33].

32. Le Congrès a souhaité placer explicitement entre les mains de la Vierge les conclusions que je viens de vous transmettre. Ce n’est que par sa médiation maternelle que nous serons capables d'aller de l'avant dans cette passionnante mission qui nous est confiée au titre de disciples de Jésus Christ. Elle est la Mater pulchræ dilectionis, la Mère du Bel Amour (cf. Sir 24, 24) célébrée aujourd'hui, 14 février, comme une fête liturgique dans le calendrier de la Prélature[34]. C’est un 14 février que Dieu fit voir à saint Josémaria, en 1930, la vocation des femmes dans l'Œuvre ; et en 1943, celle des prêtres. L'unité de l'Œuvre en a été davantage soulignée, unité d'une désorganisation organisée[35], mais surtout unité qui naît de l'Amour et qui nous pousse à veiller les uns sur les autres, nous sachant enfants de celle qui est Mère de Dieu et notre Mère[36].

En chantant aujourd'hui le Te Deum d'action de grâces devant le Seigneur exposé solen­nellement, j’ai pensé à vous. Communion, union, communication, confiance : Parole, Pain, Amour[37]. Considérant que Jésus Christ, maintenant caché dans le Pain et la Parole, doit venir à la fin des temps, je lui ai demandé de venir à notre aide et je vous ai tous confiés à sa miséricorde.

33. Mes filles et mes fils, si dans ce monde si beau et en même temps si tourmenté, quelqu'un se sent parfois seul, qu'il sache que le Père prie pour lui, qu’il est proche de lui dans la Communion des saints et qu'il le porte dans son cœur. Pour illustrer cela, j’aime me souvenir de la façon dont la liturgie chante la présentation de l'Enfant dans le Temple, fête liturgique que nous avons célébrée le 2 février dernier : il semblait, dit-on, que Siméon portait Jésus dans ses bras : en réalité, c'était l'inverse : « Senex Puerum portabat, Puer autem senem regebat »[38]. Le vieillard portait l'Enfant, mais c'était Lui, Jésus, qui soutenait et dirigeait Siméon. C’est ainsi que Dieu nous soutient, même si parfois le poids des âmes semble nous accabler ; il nous soutient par la Communion bénie des Saints[39].

Per singulos dies, benedicimus te, jour après jour, nous te bénissons, Seigneur, avec toute l'Église : « chaque jour », comme aimait le répéter don Javier, fils fidèle de saint Josémaria et du bienheureux Alvaro ; fils fidèle, disait-il, engagé dans une lutte quotidienne pour se laisser porter par l'Amour divin. J'élève mon âme à Dieu trois fois Saint, guidé par la main de la Vierge, Mère de l’Amour qui se donne sans mesure : fais, Seigneur, que dans la foi en ton Amour, nous vivions chaque jour d’un amour sans cesse renouvelé, dans une joyeuse espérance.

Avec toute mon affection, je vous bénis.

Votre Père,

Fernando

Rome, le 14 février 2017.

Fête de Sainte Marie, Mère du Bel Amour.



[1] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 132.

[2] Cf. Pape François, Exhort. ap. Evangelii gaudium, 24-XI-2013, íncipit.

[3] Saint Josémaria, Chemin, n. 833.

[4] Saint Jean Paul II, Homélie, 23-3-1980 Cf. Concile Vatican II, Const. Past. Gaudium et spes, n. 22

[5] Cf. Missel Romain, Préface I des saints.

[6] Don Javier, Lettre 28-XI-2002, n. 18, dans "Lettres de famille" V, n. 125. Cf. Instruction, 31-V-1936, n. 66.

[7] Saint Josémaria, récit d'une réunion de famille, 6-2-1967, dans Noticias 1967, p. 84 (AGP Bibliothèque P02).

[8] Saint Josémaria, Amis de Dieu n. 67.

[9] Saint Josémaria, Notes d'une méditation, 1-IV-1962 (AGP, Bibliothèque, P09, p. 46).

[10] Saint Josémaria, Instruction, 8-XII-1941, note 122.

[11] Cf. Saint Josémaria, Forge, n. 270.

[12] Saint Josémaria, Instruction, mai 1935/14-IX-1950, n. 15.

[13] François, Exhort. ap. Evangelii gaudium, 24-XI-2013, n. 20.

[14] Saint Josémaria, Forge, n. 565.

[15] Saint Josémaria, Lettre 11-III-1940, n. 55.

[16] Saint Josémaria, Quand le Christ passe, n. 30.

[17] Bienheureux Álvaro, Lettre 1-XII-1985, dans "Lettres de famille", n. 204.

[18] Saint Josémaria, Chemin, n. 372.

[19] Saint Josémaria, Amis de Dieu, n. 226.

[20] Cf. François, cf. Lettre ap. Misericordia et misera, 20-XI-2016, n. 10.

[21] Saint Josémaria, Instruction, mai 1935/14-IX-1950, note 5.

[22] Don Javier, Lettre 28-XI-2002, n. 11, in "Lettres de famille V", n. 118.

[23] Bienheureux Paul VI, Exhort. ap. Evangelii nuntiandi, 8-XII-1975, n. 41.

[24] François, Enc. Laudato si', 24-V-2015, n. 213.

[25] Benoit XVI, Enc. Deus caritas est, 25-XII-2005, n. 17; cf. 1 Jn 4, 10.

[26] Saint Josémaria, Récit d'une réunion de famille, 18-VI-1974, in "Catéchèse en Amérique" (1974) vol. I, p. 549 (AGP, Bibliothèque, P04).

[27] Saint Josémaria, Lettre 24-X-1942, n. 3.

[28] Ibid., n. 70.

[29] Ibid., n. 5.

[30] Catéchisme de l'Église Catholique, n. 2204.

[31] Saint Josémaria, Chemin, n. 382.

[32] Saint Jean Paul II. Lettre ap. Novo millennio ineunte, 6-1-2001, n.50.

[33] Saint Josémaria, Sillon, n. 827.

[34] Cf., Congrégation pour le Culte divin et la Discipline des sacrements, Décret 626/12/L, 10-XI-2012.

[35] Saint Josémaria, Entretiens, n. 19.

[36] Saint Josémaria, Forge, n. 11.

[37] Saint Josémaria, Chemin, n. 535.

[38] Liturgie des Heures, Veille de la fête de la Présentation du Seigneur. Antiphone ad Magificat

[39] Saint Josémaria, Sillon, n. 56.