La Transfiguration

Toute la majesté du Christ resplendit, à quelques jours de sa Passion et de sa Résurrection : « Notre bon Maître, pour prévenir toute tentation de découragement ou de désespoir, promet qu’il se révélera immédiatement à ses fidèles serviteurs »

Solennités
Opus Dei - La Transfiguration

L’heureuse lumière

Sur le massif du Sinaï, à plus de 1500 mètres d’altitude, le monastère Sainte-Catherine, classé au patrimoine mondial, est aussi appelé « de la Transfiguration ». L’événement préside son église : une mosaïque du 6e siècle, rassemblant un demi-million de tesselles en pierre et en verre, remplit l’abside.

Le mont du buisson ardent est ainsi rapproché du Thabor. La composition inspirera les mosaïques byzantines, les enluminures françaises, le vitrail de Chartres et les peintures du 14e siècle, de Sienne à Moscou. La scène évangélique était proposée par la liturgie du carême ; en Orient, elle fut encore fêtée au milieu de l’été ; le pape Calliste III l’introduisit au 15e siècle, après la délivrance de Belgrade.

Le Fils de gloire a rayonné dans le monde. Il a été glorifié par sa naissance d’une Vierge, par l’étoile envoyé au mages, par la descente de l’Esprit lors du baptême, par ses miracles et par le témoignage des âmes saintes (saint Augustin, Traités sur Jean, 52 §4). Après deux ans de ministère, il montre toute sa majesté. « En vérité, quelques-uns, de ceux qui sont ici présents, ne goûteront point la mort, qu’ils n’aient vu le royaume de Dieu » (Luc 9, 27).

« Notre bon Maître, pour prévenir toute tentation de découragement ou de désespoir, promet qu’il se révélera immédiatement à ses fidèles serviteurs » (sain Ambroise, Traités sur Luc, 9). Pierre, le récent confesseur de la divinité du Fils, Jacques, qui boirait en premier le calice du martyre, et enfin Jean, le contemplatif bien-aimé, sont choisis pour monter avec lui. Ils vont atteindre un sommet inattendu. La prière du Fils deviendra comme la vitrine de sa majesté. « Avant la résurrection de Pâques, le Père a voulu dévoiler la gloire de son Fils unique » (saint Léon le Grand, Sermon 51 §3).

« Seigneur, je chercherai ton visage. Je suis tout ému, en fermant les yeux, à la pensée que le moment viendra, quand Dieu voudra, où je pourrai le voir, non pas dans un miroir, d’une manière confuse, mais… face à face » (Saint Josémaria)

Les grands confidents de la Première Alliance sont aussi convoqués auprès de Jésus. Moïse, transfiguré au contact de la Loi, et Élie qui avait été emporté par un char de feu. Ils ont goûté l’intimité de l’Éternel et annoncé la plénitude du culte salvifique ; maintenant ils parlent de la nouvelle Pâque du Fils éternel (Luc 9, 31), confirmant la primauté du Messie, Maître de la Loi et des prophètes.

« Le Thabor rivalise avec le ciel » (saint Jean de Damas, Homélie sur la Transfiguration §3). Pierre, ravi, veut jouer les prolongations, brûler les étapes ; mais il lui faudra encore un bon parcours de sacrifice jusqu’au bonheur sans déclin. « Le Seigneur vous appelle à construire, non point des tentes, mais l’Église universelle » (ibidem §16). À la place des demeures éphémères, la nuée imposante enveloppe les disciples, les introduisant dans l’intimité divine : « le mystère de la Trinité tout entière est révélé » (saint Bède, Commentaire sur Luc, 9).

L’identité du Fils Unique éclaire celle des fils adoptifs ; l’avenir du Fils Rédempteur, celui des rachetés. La lumière imprègne jusqu’aux vêtements du Christ. « Ses vêtements c’est son Église » (saint Augustin, Sermon 78 §2), c’est nous, si nous voulons bien nous laisser purifier par son visage et par son sang. Associés à la Croix du Fils, nous écouterons la voix claire du Père. « Les membres partageront la gloire qui avait resplendi dans la Tête » (saint Léon, Sermon 51 §3).

À Florence, l’ancien couvent dominicain de Saint-Marc conserve, dans l’une des cellules, la

fresque grandiose de Fra Angelico (1442) : les bras en croix, Jésus déploie sa protection bienveillante, enveloppé par la mandorle, en majesté sur un rocher qui évoque le futur sépulcre ; il est entouré des cinq témoins de la scène plus deux autres contemplatifs choisis par le peintre : Notre Dame et saint Dominique.

Au Thabor, le Christ est proclamé Fils éternel, sauveur et vainqueur. « Ceux qui attendent le fruit de la résurrection et désirent voir le roi dans sa gloire, doivent habiter les cieux en esprit, en faisant de leur vie une prière continuelle » (saint Bède, Commentaire sur Luc, 9). « À l’écoute de la Parole de Dieu s’unit le désir de voir son visage » (pape François, encyclique La Lumière de la foi §29).

« Seigneur, je chercherai ton visage. Je suis tout ému, en fermant les yeux, à la pensée que le moment viendra, quand Dieu voudra, où je pourrai le voir, non pas dans un miroir, d’une manière confuse, mais… face à face » (saint Josémaria, Saint Rosaire : La transfiguration).